La douleur est la saveur de zazen

Un maître aurait dit que « la douleur est la saveur de zazen ». Lors des longues assises elle peut en effet se manifester avec acuité, aux genoux ou aux cuisses, jusqu’à en devenir insupportable. Malgré cela le pratiquant zen reste immobile, observant les mouvements de l’esprit et l’impermanence des sensations physiques. Revenir à la respiration, se concentrer sur le corps la rendra acceptable. Le méditant qui s’impatiente en attendant le gong de la délivrance, ruminant des envies de désertion, n’en aura que plus mal.

Ne pas abandonner, rester vigilent, car heureusement la douleur ne va pas en augmentant. Il y a un un point de bascule à passer. Le dernier kilomètre de montée est éprouvant mais une fois le col franchi, la route descend doucement en ligne droite.

La douleur est tellement ancrée dans notre pratique que nous nous y adaptons, développant une résilience certaine. Une étude de 2010 menée par l’université de Montréal a en effet démontré que le méditant zen était plus résistant à la douleur que la moyenne des individus (source: « pourlascience.fr). Pour cela des adeptes de la méditation zen ont été soumis à des brûlures modérées et, alors qu’un individu normal commence à ressentir de la douleur à partir de 48 °C, il faut ajouter deux degrés pour qu’un méditant commence à trouver la sensation déplaisante. En outre, sur les treize pratiquants zen testés, cinq ne ressentaient toujours aucune douleur à 53 °C. Les scientifiques canadiens ont observé le cerveau des méditants et il s’avère qu’une zone, le cortex cingulaire antérieur, est plus épaisse chez les pratiquants aguerris. Et plus ceux-ci ont d’expérience, plus la zone s’épaissit, et plus la sensibilité à la douleur diminue… (article complet ici).

Dans d’autres écoles également, souvent les plus rigoureuses et spartiates, la question de la douleur revêt une certaine importance. C’est ainsi qu’ Ajahn Chah (école thaïlandaise de la Forêt), alors qu’il s’adressait en juillet 1978 à une assemblée de moines nouvellement ordonnés au monastère Wat Pah Pong, a énoncé l’enseignement suivant:

« Gardez votre posture autant que vous le pourrez avant de changer de position. Si cela fait mal, cela fait mal ! Ne soyez pas pressés de changer de posture. Ne pensez pas : « Oh ! C’en est trop ! Il faut que je me repose ». Patiemment, supportez votre douleur jusqu’à ce qu’elle ait atteint son paroxysme — et alors… endurez encore un peu !

Endurez, endurez jusqu’à ce que vous ne puissiez même plus vous fixer sur le mantra « Bouddho ». Alors, prenez le point où la douleur est la plus aiguë, et faites-en votre objet de méditation : « Douleur ! Douleur ! Oh douleur réelle !». Vous pouvez prendre la douleur pour objet de médiation à la place du mantra. Concentrez-vous sur elle en permanence. Restez assis. Quand la douleur aura atteint sa limite extrême, voyez ce qui se produit.

Le Bouddha a dit que la douleur arrive par elle-même et disparaît par elle-même. Laissez-la mourir d’elle-même, ne vous en souciez pas. Parfois, vous pourrez être pris de grosses suées. Des gouttes de sueur, grosses comme des grains de maïs, pourront vous dégouliner sur la poitrine. Mais quand vous aurez passé au travers de la sensation de douleur, au moins une fois, alors vous comprendrez sa vraie nature. Poursuivez ainsi. Mais n’allez pas trop loin. Pratiquez fermement, c’est tout. »

Tout est dit.

Ajanh Chah

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